Julian Jappert – Directeur du Think tank Sport et Citoyenneté

 

Sport et Citoyenneté est un Think tank européen créé en 2007 et dédié au sport – un secteur d’activité où les lieux d’échanges d’idées et de prospective sont encore peu nombreux. Pouvez-vous nous présenter vos objectifs ainsi que vos principales thématiques de réflexion et de travail ?

Lorsque nous avons créé ce Think tank il y a 10 ans, l’objectif était de combler un manque : il n’existait pas en Europe de groupe de réflexion indépendant et pluridisciplinaire dans le domaine du sport. Une structure capable de produire des idées mais aussi de mener des actions de plaidoyer dans ce domaine afin de traduire ces idées en actes politiques ou juridiques. Nous sommes aujourd’hui la seule structure de ce type en Europe et nous bénéficions d’une vraie reconnaissance, à la fois des acteurs institutionnels nationaux et européens, mais aussi de la société civile et du mouvement sportif. Enfin, et ce n’est pas la moindre de nos fiertés, nous avons fédéré autour de nous un réseau important et nous continuons de produire régulièrement des notes, des prises de position… que nous diffusons au plus haut niveau politique et sportif. C’est un marqueur essentiel à mes yeux, car c’est véritablement le rôle d’un Think tank. Notre objectif est donc de participer au processus de construction des politiques publiques, à l’échelle nationale et européenne, dans des domaines aussi variés que le sport, la santé, l’éducation, la citoyenneté, le développement durable, l’économie ou encore la cohésion sociale, mais sans exclure de nos réflexions/actions le secteur privé.

 

En France, le sport peine à trouver sa place dans les politiques publiques. Sur quels leviers faudrait-il agir pour favoriser une plus grande reconnaissance de son rôle social ? Quels pays européens pourraient nous inspirer?

Il nous faut tous continuer à diffuser l’idée que le sport est un outil à forte valeur ajoutée et qu’il peut être utile dans la poursuite des différentes politiques publiques, pas seulement sportives, mais aussi éducatives, territoriales, de santé… Les choses évoluent, mais trop lentement. Le sport est vu comme quelque chose de léger, de futile. Or il s‘agit d’un secteur très dynamique, dont le poids est réel si on le prend dans son horizontalité. Le plus grand risque est justement d’isoler le sport, et de le laisser « tourner en rond » dans une gouvernance complexe et peu efficiente.
Il est difficile de comparer les modèles en Europe, car l’organisation du sport diffère selon l’histoire, l’organisation administrative, la culture… de chaque pays. Néanmoins, certains pays prennent davantage en considération cette transversalité. Sans être original, dans les pays du Nord (Suède, Danemark, Finlande…), le sport est intégré dans le quotidien des habitants. Cela se traduit dans les chiffres, puisque selon une enquête de la Commission européenne (2014), 70% des Suédois font du sport au moins une fois par semaine, soit près de 30% de plus qu’en France (42%, qui est aussi la moyenne européenne) ! Cela doit nous interroger sur ce que nous devons faire pour améliorer les choses. Aujourd’hui, selon l’OCDE (2016), seuls 14% des garçons et 6% des filles de 15 ans pratiquent une activité physique quotidienne dans l’Hexagone, plaçant la France à l’avant-dernière place au sein de l’UE. Nous devons tous nous mobiliser pour faire avancer les choses, et redessiner une nouvelle politique de développement de l’activité physique.

 

Quelles seront pour vous les grandes transformations qui affecteront le monde du sport, en bien ou en mal, dans les dix prochaines années ? Comment les acteurs du sport devraient-ils se préparer à ces transformations ?

Si on prend le sport professionnel et le sport-spectacle, je pense que les transformations se feront dans sa consommation. Que ce soit dans les stades, ou, de plus en plus, sur les écrans. L’innovation ne cesse de nous surprendre, et la France a de riches atouts à faire valoir dans ce domaine.
Au niveau de la pratique, je crois que la tendance actuelle d’une auto-organisation en dehors du cadre fédéral se pérennisera. La demande sportive ne cesse de s’intensifier, de la part de publics multiples, sur de nouveaux espaces et de façon continue, tout au long de la vie. Les fédérations et les clubs répondent plus ou moins à ces attentes, or c’est pourtant le seul moyen pour eux de capter de nouveaux licenciés et de développer une activité économique qui puisse leur permettre de se professionnaliser. D’autant plus que les contraintes pesant sur les finances publiques ne sont pas prêtes de s’estomper. N’oublions pas que le club et le mouvement sportif en général ont des atouts considérables : ils participent grandement à la cohésion sociale de notre pays. Il est essentiel de reconnaître cette utilité sociale.
Enfin, en ce qui concerne l’encadrement général du sport, son développement sociétal et la lutte contre les dérives qu’il peut connaître, je crois que si ce secteur n’arrive pas à avancer sur ces questions de manière autonome, alors l’intervention des autorités supranationales deviendra encore plus pressante à l’avenir.

 

 

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