Christophe Lepetit – Responsable des études économiques et des partenariats au CDES de Limoges

 

Depuis 10 ans, les experts ne manquent pas au chevet du sport professionnel. Plusieurs rapports, souvent de qualité, ont été écrits. Les réformes sont cependant rares et les progrès lents. Qu’est-ce qui coince selon vous ?

Je trouve qu’il a surtout manqué une réflexion de fond sur le sport professionnel dans son ensemble. On s’est en effet contenté de rapports ou d’études sectoriels ou thématiques : les stades et Arenas (Costantini-Besnier, 2010), les grands événements sportifs (Douillet, 2010), le modèle économique du football professionnel français (Glavany, 2014)… Au Centre de droit et d’économie du sport, nous pensons que, du fait de caractéristiques économiques qui en font un secteur d’activité spécifique, le sport professionnel doit être régulé.
Or pour être efficace la régulation doit être globale et ne pas seulement porter sur certains domaines du secteur. Dès lors, nous ne pouvons envisager une amélioration de la compétitivité du sport professionnel sans une action transversale embrassant l’ensemble des enjeux.
En ce sens la Grande Conférence sur le sport professionnel mise en place par Thierry Braillard présentait un intérêt certain dans la mesure où elle permettait de mettre autour de la table l’ensemble des parties prenantes du secteur et de mener une réflexion transversale sur les enjeux du secteur.
Toute la difficulté réside ensuite dans l’intégration de tout ou partie des propositions formulées dans une proposition de loi qui fasse consensus entre les différentes parties prenantes (acteurs publics, institutions sportives, clubs, sportifs, etc.). L’examen de la PPL et les nombreux amendements qu’elle a déjà subis témoignent bien de la difficulté de cette étape. Sans parler de la nécessaire mise en conformité de nos mesures nationales avec le droit de l’UE ou encore de l’hétérogénéité du sport professionnel français. Le football professionnel masculin et le volley-ball professionnel féminin ont certes l’adjectif « professionnel » en commun mais la régulation et la gouvernance valant pour les uns ne valent pas forcément pour l’ensemble…

 

Quelles mesures seraient les plus à même de débloquer la situation et d’améliorer la compétitivité économique des clubs français ?

Encore une fois, je pense qu’il serait préférable de se pencher sur un ensemble de mesures concomitantes avec l’ambition de renforcer le modèle économique des clubs. On peut citer notamment le fait d’inciter et de faciliter l’accès des clubs à la propriété ou au moins à la maîtrise de l’exploitation de leurs enceintes afin de leur permettre de dégager de nouvelles marges de manœuvre sur le plan économique. Attention, et certains exemples récents le démontrent, il s’agit d’une condition nécessaire mais pas suffisante.
Il faudrait également (re)donner envie à des investisseurs français ou étrangers de venir soutenir nos clubs (soit dans l’actionnariat soit en tant que sponsors) en veillant bien à leur solvabilité et à leur fiabilité pour ne pas revivre de situations dramatiques. Sur ce plan, il y a certainement des incitations fiscales à trouver afin de redonner de l’appétence aux investisseurs. Plus largement, il faudrait envisager des régulations plus strictes et plus poussées sur différents sujets (économiques, juridiques, financiers) afin de préserver l’équilibre et l’intégrité des compétitions et de faire progresser collectivement l’ensemble des acteurs du sport professionnel français. Ce n’est en effet qu’à cette condition qu’il pourra redevenir véritablement compétitif. Des mécanismes comme le salary cap, qui ont démontré une certaine efficacité outre-Atlantique mériteraient sans doute d’être confortés aux plans législatif et communautaire.

 

Au-delà des exemples les plus connus (PSG, OL, Racing 92…), connaissez-vous d’autres clubs qui innovent dans leur stratégie de développement et mériteraient d’inspirer les autres acteurs du sport professionnel français ?

Il existe aujourd’hui des clubs qui essaient de faire bouger les lignes, le plus souvent grâce à des projets vraiment définis mis en œuvre sous l’impulsion de dirigeants novateurs. Parmi les exemples qui me viennent en tête je citerais en premier lieu le Brest Bretagne Handball (Ligue féminine de handball) qui a mis en place un modèle qui semble vertueux adossé sur son Arena et une forte implantation territoriale. Dans le handball masculin, ce que fait également le HBC Nantes est remarquable avec une progression constante ces dernières années. Dans le rugby professionnel, l’ASM Clermont Auvergne effectue aussi un travail exemplaire.
Plus largement, je trouve que ce qu’essaie de mettre en place la Fédération française de hockey sur glace avec la Ligue Magnus est aussi un exemple à suivre même s’il faudra attendre quelques années pour l’apprécier véritablement.

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