Bernard Amsalem – Président de la Fédération française d’athlétisme

 

Le rôle de l’État dans le sport français est-il immuable ou doit-il évoluer, y compris en resserrant ses moyens sur un nombre plus limité de missions ?

La formulation de votre question contient déjà la réponse attendue ! Bien entendu aucun système n’est immuable. C’est une question de survie. Nous devons sans cesse évoluer, nous remettre en cause, pour progresser et nous développer. Et c’est l’essence même du sport. La progression, la performance, sont des principes constitutifs de notre « identité » de sportif et de dirigeant du sport. L’État a beaucoup de mal à appréhender les nécessaires évolutions du système d’organisation du sport dans notre pays. Peut-être parce que, culturellement, les dirigeants politiques et de la haute administration n’ont que rarement la conscience des enjeux politiques, économiques et sociaux des activités sportives. C’est une culture que nous n’avons pas en France, et cela commence dès l’école pour laquelle on ne peut pas dire que la pratique sportive soit une priorité et encore moins valorisée. L’État a donc selon moi une obligation de faire évoluer son rôle dans le sport français. Notre organisation du sport en France date de la fin des années 50. Or le monde a changé, le sport a changé. Il est donc impératif de revoir cette organisation afin de nous adapter aux attentes de la société d’aujourd’hui.

 

Le mouvement sportif pourrait-il de son côté assumer de plus grandes responsabilités dans la conduite des politiques sportives ? Dans quels domaines en particulier ?  

Oui. Mais cela passe par une réflexion profonde sur le mode de gouvernance des fédérations. Je milite par exemple pour l’évolution du statut des fédérations vers l’Économie sociale et solidaire. Ce mode d’organisation et de gestion permettra de développer dans les fédérations un esprit plus entrepreneurial et utile à ce qu’est devenu le sport aujourd’hui. Il s’agit aussi de préserver le caractère social et je dirais même de service public de notre activité. L’Économie sociale et solidaire est une réponse adaptée à cette nécessaire évolution.

 

Dans une gouvernance remaniée du sport français, les fédérations sportives continueraient-elles à fonctionner de la même façon qu’aujourd’hui ? Ou devraient-elles se transformer pour élargir leur champ d’action et renforcer leurs moyens ?

Oui. Il faut en particulier revoir le lien entre l’État et les fédérations sur le haut niveau. Les conventions d’objectifs ne sont plus adaptées aujourd’hui au fonctionnement des fédérations et aux besoins des athlètes. Il faut par exemple non seulement une vision pluriannuelle mais un financement garantie sur la période d’une olympiade. Les médailles olympiques ont un coût qu’il faut mieux assumer tous ensemble. Par ailleurs, les agents de l’État « placés » auprès des fédérations nécessitent une gestion humaine plus rigoureuse qu’aujourd’hui et doivent évoluer vers une « mise à disposition » pluriannuelle avec une évaluation à chaque fin d’olympiade afin de stimuler le parcours de performance exigé pour les sportifs de haut niveau et leur encadrement.

 

 

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